Philippe Claudel décline au sein du Goncourt la création d'un prix de littérature AI
Le président de l'Académie Goncourt révèle dans une interview à Radio Classique avoir été sollicité pour présider un prix récompensant des œuvres assistées par IA. Il a refusé, et explique pourquoi.
Source : Radio Classique ↗Dans une interview accordée à Radio Classique, Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, évoque les sollicitations inhabituelles qui lui parviennent depuis l'essor de l'intelligence artificielle générative. Parmi elles : une demande pour présider le jury du Prix Pascal de Littérature IA.
Il a décliné. Et il l'explique dans ses propres mots.
« Mais tout évolue à une vitesse phénoménale. Nous avons aussi vu apparaître des demandes assez saugrenues. Il y a quelques mois, quelqu'un nous a demandé l'autorisation de créer une sorte de prix Goncourt de l'intelligence artificielle, qui récompenserait des livres générés par IA, sans recours humain. J'ai refusé. D'abord parce qu'il n'est pas question de multiplier ainsi les déclinaisons du Goncourt. Ensuite parce que ces textes ne sont pas produits par les machines seules : il faut leur fournir un carburant, et ce carburant, ce sont précisément les textes qu'on injecte dans les data centers avant de les faire tourner à l'aide d'algorithmes. »
, Philippe Claudel, Radio Classique, 2025
Ce qu'il a compris, et ce qu'il a mal compris
La description de Claudel ne correspond pas tout à fait au Prix Pascal. Il parle de livres « générés par IA, sans recours humain », or le Prix Pascal récompense précisément l'inverse : des œuvres où un auteur humain travaille avec l'IA, en conservant la maîtrise éditoriale et la responsabilité artistique. Pas une génération automatique. Une co-écriture.
Sur le fond de sa critique, le carburant des modèles, la question des droits, il soulève un point réel, que nous ne balayons pas. Les modèles d'IA ont été entraînés sur des corpus littéraires dont les auteurs n'ont pas tous été consultés ni rémunérés. C'est un enjeu de droits sérieux, en cours de traitement au niveau européen et dans les tribunaux.
Un refus qui pose une question utile
Le refus de Claudel a une vertu : il formule clairement la position la plus répandue dans le monde littéraire institutionnel. Une position de principe, tranchée, qui refuse d'ouvrir la porte à l'expérimentation.
C'est précisément cette posture que le Prix Pascal entend mettre à l'épreuve, non pas pour la démolir, mais pour la confronter à des œuvres réelles, jugées par un jury littéraire. Si la co-écriture avec l'IA ne produit que de la médiocrité, le jury le dira. Si elle produit quelque chose de singulier, quelque chose qui mérite d'être lu, le jury le dira aussi.
La question n'est pas tranchée. Elle ne le sera pas par des déclarations, seulement par des textes.